Un continent, 54 pays : c’est la jolie symbolique du nom 1-54, la foire d’art africain contemporain s’étant donné pour ambition d’illustrer la création d’inspiration africaine dans toute sa diversité. Originellement créé à Londres en 2013, l’événement s’est trouvé tout naturellement étendu à New-York dès 2015 par sa fondatrice Touria El Glaoui, désireuse d’ouvrir la foire aux artistes afro-américains et caraïbéens et soucieuse d’offrir à l’art contemporain africain une visibilité internationale. Cette année, 1-54 est plus que jamais au centre de la scène internationale avec un nouveau lieu d’exposition, Halo (28 Liberty St.), en plein cœur de New York, et un calendrier qui coïncide avec Frieze New York pour bénéficier de la dynamique de l’événement.
Bahamas et RDC, pour toujours plus de diversité
Plus cosmopolite que jamais, le salon accueille cette année trente galeries venues de 17 pays, dont quinze font leurs débuts au 1-54.
Parmi elle, la toute première galerie bahaméenne de l’histoire du salon, la TERN Gallery. Dédiée aux artistes émergents des Bahamas et de la région, elle permet de découvrir le travail d’Anina Major, connue pour ses sculptures en céramique inspirées du tissage traditionnel bahaméen, et du Jamaïcain Leasho Johnson, dont l’œuvre associe peinture, céramique et graffiti avec pour thématiques principales les stéréotypes de genre et la culture dancehall.
Autre grande première, la présence d’une galerie venue de RDC, la KUB’ART Gallery, qui a choisi de présenter des figures montantes de la scène artistique locale, deux photographes partageant le même engagement social et féministe et le goût des mises en scènes interpellantes. Rachel Malaika entend éveiller les consciences en associant photographie, installations et costumes sculpturaux dans des scénographies provocatrices, tandis que Prisca Munkeni cultive un style cinématographique, aux éclairages contrastés et aux couleurs saturées, pour explorer l’identité africaine, entre résilience et afrofuturisme.





Le recyclage pour interroger le monde
Parmi les tendances fortes de cette édition, 1-54 témoigne une fois encore de l’intérêt des artistes africains et afrodescendants pour le recyclage de matériaux usagés et sa forte charge symbolique.
Les créations du kenyan Cyrus Kabiru, par exemple, ne peuvent manquer d’interpeller. Le jeune homme, qui a créé ses premières lunettes-art à l’adolescence, après avoir cassé ses lunettes au grand dam de son père, propose des compositions de plus en plus élaborées, fabriquées à partir d’objets récupérés (bouchons, cuillères, vis…), interrogeant la surconsommation et le recyclage. De son côté, c’est le textile qui inspire le Nigérian Samuel Nnorom, dont les installations en chutes de wax et mousses usagées questionnent l’impact de la seconde main sur les économies locales. Considéré comme une voix majeure de la jeune scène sud-africaine, Abongile Sidzumo a quant à lui fait du cuir son matériau de prédilection pour explorer les traumatismes individuels et collectifs, les coutures apparentes symbolisant les cicatrices sociales et la résilience.
Les visiteurs découvriront par ailleurs, si besoin était, que le recyclage artistique n’est pas l’apanage des jeunes générations, avec l’artiste sénégalais Serigne Mbaye Camara, exposé par la galerie tokyoïte space Un. Issu de la deuxième génération de l’École de Dakar, Serigne Mbaye Camara travaille le bois, le fer, le tissu et des matériaux recyclés pour créer des installations à la frontière de la sculpture et du design, entre savoir-faire artisanal et recherche conceptuelle, tradition et modernité.




La photographie comme medium social
Parmi les formes très diverses d’expression artistiques, la foire fait également la part belle à la photographie, avec un intéressant dialogue entre pionniers du genre et talents de la nouvelle génération.
Les visiteurs (re)découvriront avec plaisir et intérêt le travail de précurseurs comme le Ghanéen James Barnor, né en 1929, célèbre pour avoir documenté les transitions politiques et culturelles du Ghana et du Royaume-Uni des années 1950 aux années 1980. Désormais considérée comme un joyau de l’histoire photographique, son œuvre mêle travail en studio et reportage, avec une prédilection pour les corps en mouvement et les expressions joyeuses. La Yossi Milo Gallery met quant à elle à l’honneur le Burkinabé Sanlé Sory, célèbre pour avoir documenté l’effervescence culturelle et sociale du Burkina Faso postcolonial, et le Franco-camerounais Samuel Fosso, avec son style provocant et ses autoportraits performatifs, mêlant théâtralité et critique sociale.
En regard de ces avant-gardistes, la foire consacre l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes digitaux. Considéré comme un pionnier de la photographie mobile en Afrique, l’Ethiopien Girma Berta, qui a appris la photo en autodidacte sur son iPhone, séduit avec ses portraits urbains stylisés. Mêlant mêle photographie et design, il isole les silhouettes pour les placer sur des fonds vibrants, capturant l’énergie des villes africaines à travers une esthétique minimaliste et colorée. Pami les jeunes artistes exposés figure aussi Zanele Muholi, pionnier·ère sud-africain·e de la photographie de plaidoyer centrée sur les communautés LGBTQIA+ noires, qui se revendique comme un·e activiste visuel·le plutôt que comme un·e artiste. L’esthétique radicale de ses photographies argentiques en noir et blanc, au contraste saisissant, ont influencé une génération d’artistes queer africain·es.





Des plus classiques aux plus avant-gardistes, toutes les esthétiques voisinent ainsi dans cette édition new-yorkaise particulièrement foisonnante, offrant à l’art africain une magnifique vitrine, et à chaque visiteur la promesse d’une belle découverte !
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