Lancé en 2022 par Africa Lyric’s Opera, sous l’égide de Women of Africa, le Concours International des Grandes Voix d’Opéra d’Afrique avait donné rendez-vous aux amateurs de lyrique les 24 et 26 avril à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet, à Paris, pour sa quatrième édition.
Fidèle à l’ambition de sa fondatrice, Patricia Djomseu de favoriser l’émergence des talents lyriques d’Afrique et issus de la diaspora, cette édition a offert une précieuse visibilité à des chanteurs amateurs ou plus confirmés, tout en créant des ponts entre répertoires occidentaux et traditions vocales africaines.
Jeunes talents, grandes voix
Cette année, pas moins de 70 candidats de 23 pays s’étaient présentés pour ce concours unique en son genre – un record, témoignant de la vitalité de la scène lyrique en Afrique et de la notoriété croissante du Prix.
Pour la finale, quinze talents présélectionnés concouraient dans trois catégories. Dans la catégorie « Jeune espoir », destinée aux talents émergents et aux étudiants en chant lyrique, quatre jeunes chanteurs étaient en compétition : Adja Thomas-Mbaye, Leila Chafii, Iriss Hayouni et Malthus-Ronaldo Djatché. Dans la catégorie « Amateur », ouverte aux passionnés non professionnels, étaient en lice Johnny Mutombo, Jean Gloire Nzola, Corine Bellegarde et Anne-Esther Ekoumou Bilé. Quant à la catégorie « Semi-professionnel », réservée aux chanteurs ayant une expérience partielle dans le milieu lyrique, elle était la plus disputée avec sept candidats en compétition : Christian Akoa, Camille-Taos Arbouz, Vanhels Djoko, Séléna Hollemaert-Awadé, Mejamandresy Rakotonirina-Andrianjafy, Makeda Monnet-Wouassi et Siv Iren Misund.
Au terme de plus de quatre heures de démonstrations vocales toutes plus virtuoses les unes que les autres, la mission délicate de désigner les lauréats est revenue à un jury prestigieux présidé par Jean-Philippe Thiellay, président du Centre national de la musique (CNM, 2020-2025), et composé de jurés experts, parmi lesquels des directeurs d’opéra, des chanteurs, musiciens et chefs d’orchestre ainsi que des professionnels du casting et des enseignants.
Si plusieurs récompenses ont été décernées par les divers partenaires de l’événement, permettant de saluer le talent d’une grande partie des compétiteurs et de les soutenir dans leur vocation, trois d’entre eux se sont néanmoins distingués en remportant les très convoités Premiers Prix du jury.
Dans la catégorie « Semi-professionnel », le Grand Prix est revenu à la mezzo-soprano franco- algérienne Camille Taos-Arbouz. Une récompense reçue avec beaucoup d’émotion par la jeune femme, pour qui ce concours représentait une occasion de renouer avec ses origines.
Dans la catégorie « Amateur », c’est au ténor Johnny Mutombo, originaire du Congo RD, dont la voix n’avait d’égale que le jeu de scène, qu’il a été décerné. Quant à la catégorie « Jeune Espoir », c’est la soprano sénégalo-américano-tobagonienne Adja Thomas-Mbaye qui s’est vu attribuer le Premier Prix au terme d’une performance impeccable. Les trois lauréats seront à retrouver en mai-juin 2026 sur la scène de plusieurs opéras à l’occasion d’une grande tournée à travers la France.
Enfin, saluons Anne-Esther Ekoumou Bilé, qui s’est vu attribuer le très convoité Prix du Public. Les spectateurs ont très largement plébiscité l’attachante jeune Camerounaise, qui mène de front ses études et un travail de technicienne son dans une radio locale pour payer sa formation.
Un hommage à la création musicale
Pour cette soirée hommage à la musique lyrique, les chanteurs n’étaient pas seuls à l’honneur, les compositeurs et musiciens aussi.
Aux côtés des airs d’opéra du répertoire classique, les candidats étaient invités à interpréter l’œuvre d’un compositeur africain ou afrodescendant. Trois compositeurs avaient ainsi été sollicités pour proposer une œuvre de musique classique originale. Le pianiste et compositeur haïtiano-canadien David Bontemps, surnommé le « maître du décloisonnement » pour son style fusionnant rythmes vodou, jazz et musique classique occidentale, avait composé ANONSE pour la catégorie « Jeune Espoir ». ASII JAM, interprété par les candidats de la catégorie « Amateur », avait été composé par le compositeur et chef d’orchestre camerounais Jules Teukam, également auteur de l’opéra en langues Fon et Yoruba Les Amazones du Royaume du Dahomey, commandé par Africa Lyric’s Opéra, dont un extrait a été présenté en avant-première lors du gala Les Grandes Voix Lyriques d’Afrique en 2024 au Théâtre des Champs Elysées. Quant aux candidats semi-professionnels, c’est la compositrice et pianiste Sud-Africaine Jeanne Zaidel-Rudolph, connue notamment pour avoir réarrangé l’hymne national sud-africain à la demande de Nelson Mandela, qui avait composé pour eux AMOHELA. Le public a ainsi pu découvrir son style singulier, alliage de rythmes africains, de mélodies occidentales et de mysticisme juif.
Le public s’est également vu offrir, le temps des délibérations du jury, un récital de Will Bedi, compositeur et pianiste de musique classique afro-américain connu notamment pour son œuvre A Cry for Justice.
Saluons enfin l’accompagnement engagé des candidats par le pianiste Thomas Tacquet et par l’Orchestre Symphonique du Loiret, dirigé par Mehdi Lougraïda et présidé par la violoniste Emmanuelle Huet.
Forte de l’enthousiasme des participants comme du public, l’association donne déjà rendez-vous aux candidats pour les inscriptions à la cinquième édition, qui s’ouvriront en septembre. Vivement l’an prochain !
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