La littérature jeunesse se ressource en Afrique

Mi-mars, à Paris, Le Salon du Livre Africain a été l’occasion de découvrir une littérature jeunesse en pleine effervescence, avec des ouvrages qui prennent les couleurs du continent.

Il n’est pas surprenant que la littérature du continent africain, le plus jeune au monde, soit particulièrement féconde en ouvrages pour la jeunesse. De la multitude de livres émergent quelques tendances fortes, dont une volonté d’enracinement manifeste.

Inspirations locales, vision universelle

Des personnages auxquels puissent s’identifier les enfants, c’est une tendance de fond chez tous les éditeurs jeunesse croisés au Salon du Livre. Avec Yulu, Diambars ou Zuri, les maisons offrent aux plus jeunes des héros et héroïnes dans lesquels ils peuvent se reconnaître. C’est notamment le credo des fondatrices de AYỌ Éditions. Née du constat d’un manque de diversité dans la littérature jeunesse, la maison s’attache à mettre en scène des personnages de tous horizons. 

Dans la même perspective, les récits s’inscrivent dans un environnement familier aux enfants. Aux éditions Saaraba, les histoires reflètent le quotidien de jeunes Sénégalais. Lilani : A la recherche du trésor, écrit par Anna et Yamma Gomis et illustré par Omar Diop, suit les aventures de la petite Lilani au village Manjak de Ba Safal, tandis que Sadio – Le bois des anges, écrit et illustré par Seydina Issa Sow, met en scène les mésaventures du jeune Sadio dans son village natal de Nianthio.

Au-delà de cet ancrage local, les thèmes abordés restent toutefois universels. Les auteurs et éditeurs cultivent l’ouverture sur le monde et défendent une littérature inclusive plutôt qu’afro-centrée. « Quand un ouvrage est de qualité, il parle à tous les publics », résume Omar Sylla, auteur et fondateur de la maison Tropique Editions. Le succès mondial de la bande dessinée ivoirienne Aya de Yopougon l’a au demeurant bien prouvé.

Langues et oralité

Si la littérature jeunesse prend volontiers des couleurs locales sur le fond, la forme n’est pas en reste, avec des partis-pris linguistiques forts. La bien nommée maison Tropique Éditions a ainsi opté pour des éditons bilingues. La maison a notamment, dans le cadre d’un partenariat avec l’UNESCO, édité des versions soninké-français et bambara-français de Ce qui nous rend humain, un livre brésilien traduit en trente langues en hommage à la diversité linguistique. La maison compte aussi dans son catalogue des œuvres originales comme Ntori le crapaud et Tori la grenouille, publié en français et bambara. Ces traductions permettent aux enfants du continent et de la diaspora de rester connectés à leurs racines, explique son auteur, Omar Sylla, qui a commencé à prendre la plume pour ses petits-enfants, avec une volonté de transmission. Un parti-pris également adopté par Saaraba pour Le Cirque du Sahel, dont l’édition bilingue marie français et wolof. Et pour ceux à qui ces langues restent hermétiques, reste la poésie de l’écriture et des sonorités.

On note également, comme en écho à la tradition orale du continent, une prédilection pour les animations sonores et les versions audio. Chez Vijana – « jeunesse » en swahili -, un livre sonore permet aux plus petits de découvrir dix comptines et berceuses de dix pays africains. Le support audio est intégré au livre lui-même, offrant aux enfants une expérience globale. Les éditions AYỌ accompagnent quant à elles plusieurs de leurs ouvrages d’une version audio, tandis que FCaudioEdit, jeune maison spécialisée dans le livre audio, propose déjà une quinzaine d’ouvrages jeunesses à son catalogue.

Autant de tendances qui donnent le ton d’une édition jeunesse bouillonnante d’idées et qui pourrait bien rapidement s’imposer en trendsetter !

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