Organisée jusqu’au 10 mai par Christophe Person dans sa galerie du 39 rue des Blancs Manteaux, dans le Marais, l’exposition propose de découvrir les œuvres de Wilfried Madeleine Mbida aux côtés d’un autre peintre camerounais, Arnold Fokam, autour du thème « Absences incarnées ». Les deux jeunes artistes ont en commun d’avoir puisé une inspiration féconde et singulière dans l’expérience de la perte d’un être cher.
Wilfried Mbida parvient notamment à capter l’attention des visiteurs par son style captivant et sa capacité à signifier en creux la suspension du temps et le manque de l’être cher au milieu d’une abondance de détails du quotidien.
Un style photographique
Formée à l’École des Beaux-Arts de Nkongsamba, au Cameroun, Wilfried Mbida poursuit depuis une dizaine d’années un travail centré sur la représentation d’intérieurs domestiques traditionnels. Ce faisant, elle cherche à rendre compte des modes de vie au Cameroun tout en capturant l’énergie émotionnelle des espaces et des histoires personnelles dont ils sont imprégnés.
Wilfried Mbida entend représenter les intérieurs le plus fidèlement et objectivement possible, sans jugement, idéalisation ni stéréotypisation. Son œuvre, qui lui a valu d’être exposée à la Biennale de Dakar 2024, se caractérise par un style figuratif hyperréaliste. Ses toiles abondent de détails authentiques, des napperons colorés aux meubles en bambou en passant par les ustensiles de cuisine, reflétant la vie intime des habitants.

Pour aboutir à cette représentation saisissante de réalisme, Wilfried Mbida passe par une étape préalable de photographie, qui lui permet de fixer l’image de la maison et de ses habitants. Une préparation qui peut lui prendre un temps conséquent car l’artiste cherche à dépasser le moment où l’attitude de ses modèles est conditionnée par la conscience de l’objectif, pour capturer l’instant où ils lâchent prise. C’est cet instant précis d’authenticité, où l’individu se livre sans fard, que l’artiste entend représenter.
Signifier l’absence
Le travail récent de Wilfried Mbida s’interroge notamment sur le deuil. Une interrogation nourrie par son expérience personnelle et par ses réflexions autour du rituel funéraire dans la culture Beti, sa communauté paternelle. « Lorsque le rite se termine, à quoi ressemble la demeure du défunt après son départ ? » s’interroge l’artiste, qui s’attache à représenter l’intérieur de familles endeuillées.
Wilfried Mbida réussit le pari de signifier le deuil sans en représenter les manifestations. Pour traduire la sidération consécutive à la perte d’un être aimé, tout se joue dans la suggestion. Une impression de calme, de silence et de solitude qui passe par l’immobilisme des personnages et la vacuité de leur regard, la désertion des espaces, les objets à l’abandon. Le travail sur la lumière, servi par la technique de la peinture acrylique, participe également à cette ambiance intime, chargée d’émotion.

Dans la continuité de ces œuvres picturales, l’exposition de la galerie Christophe Person est également l’occasion de découvrir la première œuvre vidéo de Wilfried Mbida, Madame Veuve Biyembelé, qui accompagne le retour de l’artiste dans la maison de sa grand-mère décédée, à la rencontre des souvenirs laissés par son aïeule. Une œuvre qui rappelle si besoin était que les chants les plus beaux sont souvent les plus désespérés.






