Du 1er au 5 avril derniers, avec des créations hautes en couleurs mais également de plus en plus pointues, singulières et sophistiquées, le Festival international de la mode de Lomé (FIMO) a incontestablement reflété la diversité et la montée en gamme de la haute couture africaine.
Profusion de talents
Une cinquantaine de créateurs étaient cette année présents au FIMO – un record – avec un programme en trois temps conçu pour faire dialoguer stylistes confirmés et talents émergents. Deux soirées ont ainsi mis en lumière les jeunes créateurs, togolais le 3 avril et panafricains le 4 avril, avant une soirée de clôture dédiée à la haute couture sous le thème « Apothéose » le 5 avril.
Au nombre des stylistes les plus connus figurait évidemment Jacques Logoh, fondateur de l’événement, dont le défilé a marqué les esprits avec des silhouettes tout de blanc vêtues, caractéristiques du style fluide et épuré du créateur. Helmer Joseph comptait également parmi les stars de la rencontre. Celui qui a fait ses classes auprès des plus grandes maisons de luxe parisiennes a témoigné de son expertise technique et son talent visionnaire avec des créations sculpturales et des superpositions de matière magistrales. Était également présente la créatrice nigériane Ejiro Amos Tafiri, dont les silhouettes gracieuses et aériennes ont conquis le public. La styliste de cinéma multi-primée Mame Faguèye Bâ n’a quant à elle pas failli à sa réputation avec des créations aussi spectaculaires que l’attitude des mannequins qui les mettaient en valeur.
Parmi les talents émergents, la styliste gabonaise Olivia Mangue s’est fait remarquer avec ses tailleurs élégants et contemporains, des pièces masculines-féminines adaptées aux nouvelles générations de working girls. Plus sculpturales étaient les créations du créateur ivoirien Michael Trah, révélé au MASA MODE 2020, et de la jeune Togolaise Eugénie Guidi Ayawa qui, avec sa collection « La Vie en Couleur », souhaitait casser les codes et encourager les femmes africaines à assumer fièrement leurs formes et rondeurs.







Une mode engagée
Futile, la mode ? Pas dans la conception de Jacques Logoh, qui chaque année s’attache à placer les défilés sous un grand thème de société : VIH sida, paludisme, coronavirus ou encore environnement. Cette année, pour la seconde édition consécutive, l’événement avait été associé à une cause particulièrement sensible, le cancer, avec pour intitulé : « La mode pour un monde sans cancer ».
En ouverture du FIMO, une conférence avait été organisée avec des professionnels de santé, l’objectif étant de rappeler l’importance du dépistage et d’encourager les créateurs à porter le message de la prévention.
Sur les podiums, les stylistes avaient joué le jeu pour relayer le message à travers des collections riches en symbole. Les couleurs étaient chargées en signification : si le rose était très présent sur le catwalk, Olivia Mangue avait quant à elle opté pour le noir et le blanc pour symboliser le cancer et la guérison dans sa collection justement baptisée « Elégance résiliente ». La styliste ivoirienne Nina Bornier, fondatrice de la marque G’Nanttin by Nini, avait également opté pour un nom évocateur, « Panacée », en référence au remède universel, et choisi de symboliser le cancer par une forme rouge omniprésente sur le podium aux côtés des mannequins. Le jeune créateur équato-guinéen José Aniceto, créateur de la marque JANEA, était quant à lui résolument dans le thème avec des silhouettes ornées de rubans, petits ou grands.



Africa feat world
Des stylistes de 25 pays étaient présents cette année – contre 20 l’an dernier – conformément à la volonté d’internationalisation de Jacques Logoh. Etaient réunis des créateurs de tout le continent – Togo, Sénégal, Côte d’Ivoire ou encore Nigéria – mais également des stylistes internationaux à l’instar de la Française Caroline Bouvier. Tout aussi international était le public.
Pour le fondateur du FIMO, cette dimension internationale répond à un double objectif. D’une part, elle permet aux créateurs de se nourrir d’inspirations diverses et variées, conformément à la vision cosmopolite de Jacques Logoh, qui prône une mode universelle loin des clichés traditionnellement attachés à la mode africaine. D’autre part, elle offre aux stylistes une visibilité accrue. « Les créateurs ont besoin de se faire connaître pour pouvoir vivre de leur travail. Le FIMO attire les regards sur des stylistes et des mannequins ».
A noter que l’internationalisation est à double sens puisque, non content d’accueillir des créateurs internationaux sur le catwalk togolais, Jacques Logoh a également entrepris depuis deux ans d’inviter la mode africaine à Paris à l’occasion de la Fashion Week. Une « Nuit de la haute couture africaine à Paris » est ainsi déjà programmée le 27 septembre prochain. Et Jacques Logoh ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’il ambitionne également le lancement prochain d’une édition US du FIMO !

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