Par cette initiative, l’organisateur de la Fashion Week ivoirienne, le célèbre designer Elie Kuame, entend rendre à Abidjan, capitale de la mode dans les années 1970-80, son statut de leader de la mode ouest-africaine. Pour cela, il avait misé sur une approche favorisant la richesse des échanges, entre tradition et modernité, création locale et scène internationale, couturiers débutants et talents confirmés.
Une ode haute couture à la culture locale
A contrario d’autres Fashion Week du continent, orientées vers le prêt-à-porter et un style urbain, la Fashion Week d’Abidjan s’est démarquée par le choix de mettre en avant la haute couture et l’artisanat local.
Inspirés par le thème de la rencontre, « New Future », les seize stylistes présents avaient joué des fusions entre savoir-faire ancestraux et designs contemporains, incorporant dans leurs collections des textiles et des motifs emblématiques de la culture locale tout en les modernisant. A l’instar des créations d’Elie Kuame, qui n’a pas hésité à associer des tissus traditionnels ivoiriens à des matériaux modernes, comme le cuir et la soie, dans des coupes asymétriques et des silhouettes futuristes, créant une esthétique à la fois locale et universelle. Ou du duo Simone & Elise, qui a utilisé le pagne tissé pour des vêtements de soirée, une approche encore peu explorée.
Aussi originales que raffinées, ces créations étaient mises en valeur par le cadre des défilés, organisés dans la galerie d’art de la Fondation Donwahi et dans son jardin, qui a accueilli un défilé en plein air sous les étoiles, ajoutant une touche magique à l’événement.
Une dynamique intergénérationnelle dans un esprit de mentorat
L’esprit de la rencontre était au partenariat intergénérationnel. Le festival a permis de faire bénéficier des couturiers débutants d’un accompagnement structurant et d’une visibilité décisive pour le développement de leur griffe. En retour, ces interactions avec les jeunes générations ont permis aux stylistes confirmés de se nourrir d’idées novatrices.
De jeunes stylistes ont ainsi eu l’opportunité de présenter leurs collections aux côtés de designers établis au sein de défilés communs – une formidable occasion de gagner en visibilité et d’apprendre des pratiques professionnelles. De même, certains créateurs confirmés ont collaboré avec les plus jeunes pour développer des collections ou des pièces spécifiques, fusionnant l’expérience des premiers avec la fraîcheur des seconds.
Un concours de Jeunes Talents a permis à sept jeunes stylistes de confronter leurs créations au regard d’un jury prestigieux. Le lauréat du concours, le duo ivoirien de Maison Kanty’s, distingué pour ses créations innovantes, a eu la chance de collaborer avec des créateurs établis pour développer une collection capsule.
Bâtir un écosystème de la mode
Au-delà des défilés, l’événement s’était donné pour ambition d’établir une base solide pour le développement durable de la mode ivoirienne. En développant les collaborations entre créateurs, artisans et acheteurs, la Fashion Week a permis de poser les fondements d’une chaîne de valeur complète et structurée de l’industrie de la mode. La formation des stylistes, dans le cadre d’ateliers, aux techniques de marketing, de communication et d’entrepreneuriat, visait à professionnaliser cet écosystème, avec notamment pour perspective de fournir aux jeunes maisons de couture les outils pour s’exporter sur la scène internationale.
Enfin, le fonctionnement de cet écosystème étant tributaire de financements, les organisateurs ont eu à cœur d’attirer l’attention des pouvoirs publics et d’investisseurs privés sur l’événement pour appuyer le développement de l’industrie de la mode. Sans conteste, cette première édition réussie aura contribué à placer Abidjan parmi les grandes capitales africaines de la mode, aux côtés de Dakar, Lagos et Bamako, et promet de faire de la Fashion Week ivoirienne un rendez-vous annuel incontournable pour les amateurs et professionnels du secteur !






