SMOB 2025 : le mobilier africain entre héritage, innovation et impact

Du 16 au 18 octobre, à Cotonou, le premier Salon Africain du Mobilier (SMOB) met en lumière la vitalité d’un écosystème où artisans, créateurs et entrepreneurs redéfinissent le design africain contemporain.

Cotonou est devenu pour trois jours la capitale du mobilier africain. Pour sa première édition, le Salon Africain du Mobilier réunit une trentaine d’exposants venus dizaine de pays, d’Afrique et d’Europe. Sous l’impulsion de Noël Wallabregue, son commissaire général, le salon ambitionne de dépasser la simple exposition pour devenir une plateforme d’innovation, de réflexion et de coopération économique.

Une mosaïque d’exposants entre héritage et modernité

Le SMOB 2025 propose un panorama d’une grande richesse, où se côtoient maîtres artisans, designers confirmés et jeunes créateurs.

Parmi les tendances fortes chez les exposants, le développement durable occupe une place centrale. Face aux défis environnementaux, une nouvelle génération de créateurs africains intègre la durabilité au cœur du geste design. Ainsi, au Bénin, l’Atelier Köri donne une seconde vie aux bois et métaux récupérés pour en faire des meubles contemporains à l’âme brute et poétique. Même démarche chez Tetteh Glass Blowing au Ghana, seule entreprise ouest-africaine de soufflage de verre, qui transforme bouteilles et écrans en objets décoratifs raffinés. Quant au Malien Cheikh Diallo, figure tutélaire du design africain, il poursuit depuis Bamako son exploration de matériaux recyclés – pneus, fil de pêche, métal –, dans une démarche où la contrainte devient source d’esthétique.

Autre tendance notable dans les créations exposées : la valorisation de l’artisanat et des traditions. Des ateliers béninois comme Encadrement Design ou DF Concept perpétuent l’excellence du travail du bois et des matériaux nobles. Au Ghana, Tekura et Sole Inspiration transforment les gestes anciens – sculpture, maroquinerie, tissage – en objets contemporains qui portent la mémoire du continent. L’Ivoirien Jean Servais Somian incarne cette fusion entre tradition et modernité : ses meubles sculptés dans le bois de cocotier, sa matière signature, allient esthétique contemporaine et respect des origines. Même démarche chez Kouleurs d’Afrique, galerie béninoise qui rassemble des pièces issues de quatorze pays et célèbre la richesse des savoir-faire du continent.

Parallèlement, un courant plus avant-gardiste émerge. De jeunes talents comme Larry Tchogninou, architecte béninois basé à Chicago, ou les artistes Edward Ofosu et Kortey Botchway, explorent des univers hybrides où se rencontrent art numérique, design expérimental et narration identitaire.

En réunissant ces voix et visions, le SMOB fait de Cotonou le laboratoire d’une Afrique créative, consciente de ses racines et fière de les projeter dans le futur.

L’innovation au service d’un design responsable

Le SMOB 2025 marque une étape décisive pour l’Afrique de l’Ouest en plaçant l’innovation au cœur du processus créatif. Ateliers d’impression 3D, matériaux éco-innovants, démonstrations de design numérique et digitalisation des processus artisanaux illustrent la transformation d’une filière encore largement informelle. Des entreprises comme Kuizina (mobilier sur mesure en 3D) ou Origin (mariage de l’imagerie numérique et du savoir-faire du bois) mettent la technologie au service de la durabilité et de la personnalisation des espaces intérieurs. L’Africa Design School, partenaire du salon, forme de jeunes designers à l’innovation sociale et aux technologies vertes.

Loin d’opposer modernité et tradition, cette approche conjugue l’un et l’autre pour moderniser la production locale, réduire les coûts, renforcer la compétitivité et valoriser les savoir-faire africains sur la scène mondiale.

Un levier socio-économique pour le continent

Plus qu’un salon, le SMOB s’affirme comme un moteur de structuration économique. En pleine croissance, le marché africain du mobilier pourrait atteindre 10 milliards $ d’ici 2030. Dans ce contexte, le salon vise à consolider la filière africaine et à renforcer les échanges commerciaux entre le continent et l’Europe.

Près de 5.000 visiteurs professionnels sont attendus, générant des retombées économiques significatives. Selon ses projections, le SMOB pourrait contribuer à la création de 50.000 emplois directs et indirects sur dix ans, favorisant l’émergence d’un secteur formel, compétitif et durable. L’inclusion des femmes et des jeunes, très présents parmi les exposants et porteurs de projets, constitue une priorité, tout comme la promotion de l’économie circulaire et des pratiques durables.

Le lancement du Livre blanc du design africain, à l’issue de l’événement, viendra accompagner cette ambition. Véritable document de référence, il proposera une feuille de route pour le développement durable de la filière, articulée autour de la formation, de l’innovation et de l’entrepreneuriat créatif. En plaçant la réflexion stratégique au même niveau que la création, le SMOB confirme sa vocation : devenir le catalyseur d’un écosystème africain du design à la fois compétitif, inclusif et responsable.

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