Le Chef Anto offre à Paris sa première épicerie fine africaine

Pionnière de la gastronomie africaine à Paris, première cheffe privée à domicile spécialisée dans les cuisines du continent, la cheffe Anto Cocagne innove une fois de plus avec l’ouverture de Baraka, la toute première épicerie fine africaine de la capitale française.
©Anne Bergeron

Baptisée du nom du quartier éponyme de Libreville où vivait sa grand-mère, Baraka a ouvert ses portes en octobre dernier, en plein cœur du 15ᵉ arrondissement parisien. Située au 9 rue Robert Fleury, la boutique offre aux Parisiens l’adresse qui leur manquait pour s’initier en douceur à la cuisine africaine, avec des produits choisis et des conseils avisés.

Un engagement né de l’enfance

L’ouverture de Baraka s’inscrit dans la continuité d’un parcours de longue date. La vocation d’Anto Cocagne naît au Gabon, dans les cuisines familiales – un lieu qu’elle affectionne car c’est là que s’échangent conseils, rumeurs et confidences, dans une ambiance joyeuse et conviviale. Dès l’adolescence, elle vend à l’école des madeleines, qui bientôt rencontrent un franc succès dans tout le quartier. L’anecdote a son importance puisque cette initiative décide ses parents, d’abord réticents, à la soutenir dans sa vocation.  

En France, à Grenoble, elle intègre un lycée hôtelier, poursuit avec un BTS puis une licence en Direction des unités de restauration, avant de rejoindre la prestigieuse école Ferrandi à Paris, où elle se spécialise dans le métier de traiteur. Forte de ce solide bagage, elle rentre au Gabon en 2010 avec le projet d’ouvrir un restaurant. Mais la déception est grande quand son projet se heurte aux préjugés et à la frilosité des banques.

Elle revient alors en France et débute sa carrière chez les grands noms de la gastronomie événementielle (Lenôtre, Potel & Chabot…), d’abord en cuisine, avant d’évoluer dans des fonctions commerciales en quête d’un meilleur équilibre de vie. Mais loin des fourneaux, elle s’ennuie. En 2014, elle trouve enfin sa voie en devenant cheffe privée à domicile. Activité qu’elle complète depuis 2017 en proposant aussi des cours de cuisine.

La jeune cuisinière, qui a constaté l’indigence des catalogues des traiteurs s’agissant de gastronomie africaine, décide de se spécialiser dans les cuisines du continent. Pionnière sur le créneau, elle se démarque sur les plateformes de réservation et, portée par des retours enthousiastes, connaît un succès croissant.

© Ikapture

Le palais de la découverte

Le projet Baraka s’inscrit dans la continuité de son activité de traiteur et de ses cours de cuisine. Nombre de ses clients lui demandent où s’approvisionner pour réaliser ses recettes, mais les adresses parisiennes restent rares et réservées aux initiés. Pour cette clientèle curieuse mais peu familière des saveurs africaines, elle conçoit un lieu sur mesure, avec un choix de produits ciblé et un conseil attentionné.

L’offre, qui associe ses propres produits à des produits en dépôt-vente, s’enrichit chaque mois de nouvelles références. Les produits sont transformés en France pour répondre aux normes, mais les ingrédients proviennent directement d’Afrique. La boutique embaume les épices : feuilles d’Odjom, noix de Pèbè, baies de Selim, poivre de Penja, poudre d’Hiomi… De nombreuses boissons sont également proposées, parmi lesquelles bissap, gingembre ou encore baobab. Anto Cocagne est aussi très fière de faire découvrir aux Français le vin d’ananas – qui rencontre un vrai succès. Sauces, thés et infusions, confitures, chocolat et pâtes à tartiner viennent encore compléter les rayons.

Le chef Anto, qui se souvient du choc culturel à son arrivée au lycée hôtelier – découvrant l’alcool, le fromage, une cuisine curieusement peu épicée – mesure l’importance d’accompagner la découverte. Elle prend le temps de guider ses clients, expliquant chaque produit avec passion, et anime des soirées-dégustation. Avec pédagogie, elle rapproche les saveurs inconnues de références plus familières : le goût du néré évoque pour elle le parmesan, idéal dans des feuilletés ; la rondelle rappelle la truffe blanche, parfaite dans un risotto. Elle joue aussi sur les associations entre aliments nouveaux et familiers : elle suggère par exemple d’agrémenter le foie gras de chutney de baobab ou de confiture de poivre de Penja. A l’idée de « fusion », pour elle synonyme de confusion, elle substitue ainsi celle de « collaboration », qui permet de garder à chaque saveur son intégrité, sans diluer son identité.

L’Afrique, nouvelle frontière de la gastronomie mondiale

Avec Baraka, Anto Cocagne poursuit activement la promotion de la cuisine africaine, dont elle se fait l’ambassadrice depuis plus de dix ans. Elle partage sa passion à travers de nombreuses émissions télé (Rendez-vous avec le Chef Anto et L’Afrique a du goût sur Canal+, Échappées Belles sur France Télévisions) ainsi que dans le magazine Afro Cooking et ses ouvrages Goûts d’Afrique (2019) et Mon Afrique (2024) aux éditions Mango. On y découvre sa signature culinaire : une cuisine africaine modernisée par une french touch, comme ses ignames façon pommes de terre boulangères ou ses lasagnes bœuf-épinards aux bananes plantain.

Cheffe engagée, elle organise aussi des événements comme We Eat Africa, premier festival des cuisines d’Afrique lancé en 2018. Ateliers, dégustations et exposition de produits y mettent à l’honneur la diversité et la créativité des cuisines africaines. Un événement qu’elle entend bien reconduire dès l’an prochain.

Sa détermination repose sur sa conviction que la cuisine africaine a toute sa place dans un monde en quête d’authenticité. « La cuisine africaine n’a pas attendu la mode vegan et sans gluten pour valoriser les produits naturels », souligne-t-elle. Respectueuse de la nature, elle privilégie les produits de saison. Les céréales endémiques – fonio, millet, sorgho, teff… – offrent aux grandes céréales mondiales une alternative bénéfique pour l’homme, les producteurs et la planète : sans gluten, sans OGM, nutritives, peu gourmandes en eau et en intrants. Quant à la forêt tropicale, elle offre un large choix de graines aromatiques, qui pour certaines présentent des propriétés thérapeutiques, que parfois l’Afrique urbaine elle-même a oubliées. Dans un monde où presque toutes les cuisines sont déjà internationalisées, l’Afrique reste ainsi l’une des rares régions du monde à pouvoir encore réserver de belles surprises. Et le Chef Anto entend bien continuer à nous les faire découvrir.

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