« Web » pour Internet, « toon » pour bande-dessinée : le webtoon se définit comme une bande-dessinée numérique, spécialement conçue pour une lecture sur smartphone ou tablette. Tout droit venu de Corée, où il connaît un immense succès, le webtoon prend ses marques sur le continent africain.
C’est dans ce contexte que les Editions Dupuis et la plateforme de webtoons ONO Afrique ont décidé de lancer un appel à projets pour découvrir les talents du webtoon africain de demain. Baptisée Afrotoon, l’initiative invite les jeunes scénaristes et/ou illustrateurs à candidater d’ici le 15 mai, portfolio et pitch à l’appui. A la clé pour les candidats retenus, l’opportunité de collaborer à la création d’une série webtoon africaine originale de qualité internationale ! Un projet que les éditeurs lancent avec la conviction que le webtoon africain est promis à un très bel avenir.
Webtoon à l’africaine : attention haut potentiel
Avec une population très jeune – 62% de moins de 25 ans – et hyperconnectée – 615 millions d’abonnés aux services mobiles en 2025 –, le continent africain offre un terrain particulièrement propice au développement du webtoon. Ce d’autant plus que la diffusion du livre papier traditionnel s’y heurte à de nombreux obstacles, notamment le manque de canaux de distribution et les prix de vente alourdis par les taxes, ouvrant un boulevard aux formats numériques.
Dans ce contexte, les maisons d’édition, que ce soient les Editions Dupuis avec leur catalogue dédié Moabi, ou Zebra Comics, jeune maison d’édition camerounaise en plein essor, n’hésitent pas à miser sur le développement du webtoon avec une ambition forte : offrir, aux côtés des best-seller internationaux, coréens en tête, des créations africaines originales, basées sur des histoires africaines et signées par des auteurs africains.
Parmi les jeunes talents à suivre, Rhys Massengo, Anani Accoh, Gunther Moss, Hugues Bertrand Biboum, Paul Monthé, Martini Ngola, An Nina ou encore Franklin Agogho illustrent bien le potentiel des auteurs africains. Les jeunes talents ne manquent pas en Afrique, avec un imaginaire nourri par les récits traditionnels, contes et mythologies du continent et un art inné du dessin et de la couleur. Reste à les former à la narration, essentielle à un webtoon réussi, et principal enjeu du développement d’une industrie africaine du webtoon.









Former, former, former
A la rencontre de la bande dessinée et du livre numérique, le webtoon obéit à des codes très spécifiques, que les créateurs africains doivent apprendre à maîtriser s’ils veulent rivaliser avec les auteurs coréens.
Le « scrolling » impose un format bien précis. Les webtoons sont formatés en longs rouleaux verticaux, permettant une lecture fluide de haut en bas. La couleur et les animations y sont les bienvenus. Autre spécificité non négligeable, les textes dans les bulles doivent se lire en 3-4 secondes maximum, une vraie gageure !
De même, le découpage en épisodes exige un rythme bien particulier. Les épisodes sont livrés à échéances régulières, toutes les semaines ou toutes les deux semaines, l’enjeu étant de maintenir les lecteurs en haleine entre deux livraisons. Pour cela, il est primordial de savoir manier tous les grands ressorts narratifs, rebondissements, retournements de situation et autres cliffhangers, à l’image d’une bonne série Netflix. « Ce sens de la narration fait souvent défaut aux jeunes créateurs africains, reconnait Wladimir Lentzy aux Editions Dupuis, et constitue l’objectif principal des formations que nous leur dispensons ».
Pour les talents qui ont la chance d’y participer, la Webtoon Academy offre un apprentissage de premier ordre, sur cinq mois, dont deux en Corée, avec pour enseignants des artistes et producteurs de KENAZ, l’un des plus grands studios de webtoons coréens. Mais les places étant peu nombreuses, Wladimir Lentzy a décidé, pour ouvrir la formation au plus grand nombre, de la décliner sous forme de master classes itinérantes. En six ans, il a déjà écumé les salles de formation à Brazzaville, Pointe Noire, Yaoundé, Douala ou encore Abidjan pour des formations d’une demi-journée à une journée selon le niveau des participants. Aux débutants, Wladimir Lentzy offre une initiation aux tenants et aboutissants du métier ; aux plus aguerris, il propose une formation poussée, allant jusqu’à la formalisation d’un premier storyboard. Au-delà des acquis techniques, il se félicite que les participants puissent développer une forme de communauté, propice aux échanges et aux collaborations.
L’émergence d’une dynamique qui n’en est qu’à son tout début, en espérant que de très nombreux webtoons africains viennent bientôt distraire les petits et les grands en Afrique, mais aussi plus largement dans le monde – peut-être même en Corée !








