Totem : le chanteur M unit pop contemporaine et tradition mandingue

Huit ans après Lamomali, Matthieu Chedid, alias M, poursuit son dialogue musical avec le Mali à travers son nouvel opus, Totem, album hommage à la kora et à son maître incontesté Toumani Diabaté. Totem reprend l’alliage de pop contemporaine et de traditions africaines qui a fait le succès du premier volet, avec une profondeur et une charge émotionnelle accrues.

Depuis plus de vingt ans, Matthieu Chedid entretient avec l’Afrique une relation étroite, nourrie de rencontres artistiques et de voyages. Adepte des collaborations, il trouve notamment auprès des artistes maliens un écho naturel à sa démarche, fondée sur le partage et la créativité collective. C’est ainsi qu’émerge en 2015 l’idée d’un collectif réunissant artistes africains et occidentaux autour d’un dialogue musical : Lamomali. Le projet aboutit en 2017 à un premier album éponyme. Posé sur la voix limpide de Fatoumata Diawara et habité par la kora de Toumani et Sidiki Diabaté, il dessine un pont lumineux entre les traditions mandingues et la pop moderne.

Le nouvel album Totem, sorti au printemps 2025, reprend ce projet pour l’emmener plus loin. Il ouvre un chapitre plus introspectif, marqué par la disparition de Toumani et par un contexte malien et international profondément bouleversé. Plus méditatif que le précédent opus, Totem propose douze titres qui célèbrent la kora tout en explorant sa dimension sacrée. Matthieu Chedid parle d’un « talisman sonore » : une œuvre qui cherche à relier les mondes visibles et invisibles, les résonances ancestrales et l’invention moderne. Totem n’est pas seulement une suite : c’est une réaffirmation forte d’une amitié artistique et d’un attachement intime à la culture mandingue.

Une aventure collective

L’ADN de Lamomali est résolument collectif. Totem rassemble une constellation d’artistes, parmi lesquels des figures de la scène malienne, mais aussi des invités internationaux. Chacun apporte un timbre, une écriture ou une énergie singulière.

Au cœur du projet, la famille Diabaté demeure un pilier. La mémoire de Toumani irrigue tout l’album : l’hommage est explicite tant la kora occupe une place centrale dans chaque arrangement. Son fils Sidiki, héritier direct de l’art paternel, est présent dès les premières sessions et imprime une direction plus contemporaine aux morceaux. Fatoumata Diawara, présente dès le premier opus, revient avec cette force vocale capable de faire dialoguer la tradition mandingue et les sensibilités modernes. On retrouve également Amadou & Mariam, dont la signature mêlant blues, rock et musiques du monde donne aux titres une chaleur immédiate.

Autour de ce noyau, d’autres présences élargissent l’horizon du disque. Oxmo Puccino déploie son spoken word poétique sur plusieurs morceaux, sa profondeur littéraire se mariant parfaitement à l’ambiance hypnotique de la kora. La voix solaire d’Angélique Kidjo illumine Le Peuple qui danse, où se rejoignent Afrique de l’Ouest et Afrique centrale dans une célébration du vivant. Le Brésilien Seu Jorge tisse de subtils liens entre influences brésiliennes et rythmes mandingues, tandis que la trompette d’Ibrahim Maalouf enrichit les arrangements d’une touche aérienne.

Lamomali Totem

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Totem se construit ainsi comme un carrefour où les identités musicales se rencontrent sans se diluer. M occupe une position de passeur, catalysant les énergies et organisant les dialogues sans chercher l’appropriation. L’album respire le plaisir collectif : le bonheur des artistes à mêler leurs notes dans des combinaisons inattendues irrigue tout l’album.

La kora, colonne vertébrale de l’album

Tandis que la dynamique collective insuffle sa vitalité au projet, les arrangements constituent la signature profonde de Totem. L’innovation musicale réside dans l’équilibre finement travaillé entre les instruments.

L’album accorde à la kora une place centrale, encore plus marquée que dans le premier opus. Elle structure, rythme et habille chaque morceau. Ses motifs répétitifs, organiques, créent un terrain harmonique sur lequel les autres instruments peuvent dialoguer. La guitare ajoute sa couleur ; les percussions mandingues — sabar, djembé, calebasses — installent la pulsation ; les voix tissent l’espace. Cette architecture sonore rappelle les grandes fusions afro-occidentales, tout en y ajoutant une dimension contemporaine : production épurée, textures électroniques discrètes et mix ample et lumineux.

Au-delà du rôle structurel, la kora porte une dimension spirituelle. Dans la tradition mandingue, elle est instrument de sagesse et vecteur de mémoire. M en parle comme d’une « harpe céleste ». Dans Totem, son usage crée un climat de recueillement. Certains morceaux prennent la forme de prières ou d’incantations modernisées.

C’est particulièrement vrai pour Ama Kora, pièce maîtresse de l’album et hommage explicite à Toumani Diabaté. Le titre, conçu comme une offrande, met la kora au premier plan et lui laisse littéralement la parole. La structure y est dépouillée, presque ascétique : l’instrument devient un personnage, une voix, une présence.

Au-delà de l’album, une communauté

Totem n’est pas seulement un album : c’est une aventure humaine qui déborde largement du cadre du studio. Cette dimension s’incarne notamment dans le clip participatif inédit imaginé pour le titre Totem. Grâce à une Lens en réalité augmentée spécialement conçue par Snapchat — une première mondiale — chaque auditeur peut, en combinant son visage (caméra frontale) et son environnement (caméra arrière), créer son propre avatar totem, unique et animé. Les envois de fans du monde entier ont été intégrés au clip final, devenu une œuvre collective. Le geste est symbolique : faire exister la communauté au cœur même de l’œuvre.

Parallèlement, Totem s’accompagne d’une grande tournée 2025, mêlant festivals et concerts jusqu’en fin d’année. Sur scène, -M- retrouve l’énergie collective qui avait fait l’âme du premier Lamomali. Les concerts deviennent de véritables cérémonies musicales où la kora, les voix et les guitares se répondent dans une célébration vivante des cultures.

À travers Totem, -M- propose ainsi plus qu’un album : une traversée, un geste de fidélité envers le Mali, une conversation continue entre modernité et tradition. Une œuvre-pont, comme il en existe peu, qui fait dialoguer les mondes plutôt que de les opposer.

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