ArtReview Power List : Ibrahim Mahama en tête, une consécration pour l’art africain

Pour la toute première fois, un artiste africain s’impose au sommet de la prestigieuse ArtReview Power List, le classement international des personnalités les plus influentes du monde de l’art. Une distinction historique qui consacre autant l’œuvre que la vision d’Ibrahim Mahama, figure majeure d’une génération d’artistes africains engagés dans la transformation sociale et la réécriture des récits.

Chaque année, la Power List publiée par le magazine londonien ArtReview distingue celles et ceux qui façonnent le monde de l’art contemporain. Dirigeants de musées, curateurs, collectionneurs et artistes y sont classés selon leur influence et leur capacité à transformer les écosystèmes artistiques. Cette année, l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama prend la première place du palmarès. Une annonce qui constitue un jalon historique : pour la première fois depuis la création du classement en 2002, un Africain accède au sommet. Cette reconnaissance salue non seulement l’élan créatif d’Ibrahim Mahama, mais également son rôle institutionnel, communautaire et intellectuel.

Un parcours et un style singuliers

Né en 1987 à Tamale, au nord du Ghana, Ibrahim Mahama grandit loin des grands centres artistiques internationaux. Son père, ingénieur civil, l’initie dès l’enfance aux matériaux industriels, un univers qui nourrira profondément sa pratique. Étudiant à l’Université des sciences et technologies de Kumasi, il débute par la peinture avant de s’en affranchir pour explorer les matériaux récupérés, qui deviendront sa signature. Son but : transformer le banal en geste artistique et mémoriel.

Il se fait connaître grâce à ses installations monumentales en sacs de jute usagés. Initialement destinés au transport de cacao et de charbon, ces sacs deviennent des vecteurs de mémoire sociale. Collectés, cousus et assemblés par centaines, ils forment d’immenses patchworks drapant des bâtiments entiers. Avec Out of Bounds, l’œuvre qui lui ouvre la notoriété internationale en 2015 à la Biennale de Venise, il saisit les esprits en drapant deux murs de l’Arsenale de jute estampillé “Product of Ghana”, interpellant sur le commerce mondial et les héritages coloniaux. 

Par la suite, si le juste reste au centre de son œuvre, l’artiste convie d’autres objets-témoins dans ses installations. Dans Non-Orientable Nkansa, des boîtes de cordonniers forment un mur précaire évoquant les effets des migrations économiques. A Grain of Wheat 1918–1945 rassemble des brancards de la Seconde Guerre mondiale recouverts de textiles africains, métaphore des répercussions d’événements mondiaux sur des destinées lointaines. Avec Parliament of Ghosts, exposé à Manchester, il reconstitue une chambre parlementaire à partir d’anciens fauteuils de train coloniaux, incarnant les promesses post-indépendance. Plus récemment, pour Purple Hibiscus, ce sont des batakaris, robes traditionnelles ghanéennes, qui servent à revêtir la façade brutaliste du Lakeside Terrace à Londres d’une « seconde peau » rose-violette, jouant sur les contrastes pour ouvrir la réflexion sur les relations historiques et culturelles.

Chaque année, la Power List publiée par le magazine londonien ArtReview distingue celles et ceux qui façonnent le monde de l’art contemporain. Dirigeants de musées, curateurs, collectionneurs et artistes y sont classés selon leur influence et leur capacité à transformer les écosystèmes artistiques. Cette année, l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama prend la première place du palmarès. Une annonce qui constitue un jalon historique : pour la première fois depuis la création du classement en 2002, un Africain accède au sommet. Cette reconnaissance salue non seulement l’élan créatif d’Ibrahim Mahama, mais également son rôle institutionnel, communautaire et intellectuel.

Chaque année, la Power List publiée par le magazine londonien ArtReview distingue celles et ceux qui façonnent le monde de l’art contemporain. Dirigeants de musées, curateurs, collectionneurs et artistes y sont classés selon leur influence et leur capacité à transformer les écosystèmes artistiques. Cette année, l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama prend la première place du palmarès. Une annonce qui constitue un jalon historique : pour la première fois depuis la création du classement en 2002, un Africain accède au sommet. Cette reconnaissance salue non seulement l’élan créatif d’Ibrahim Mahama, mais également son rôle institutionnel, communautaire et intellectuel.

D’une œuvre à l’autre, Ibrahim Mahama installe ainsi un style singulier, mêlant impact esthétique, matérialité brute, monumentalité visuelle et mémoire sociale.

La reconnaissance d’un artiste engagé

La nomination d’Ibrahim Mahama tient autant à ses œuvres spectaculaires qu’à son impact institutionnel et social.

La production de ses installations repose sur un processus collectif : artisans, couturiers et techniciens locaux participent à la collecte et à la transformation des matériaux. Purple Hibiscus a, par exemple, mobilisé 450 artisans pendant deux mois. La fabrication devient ainsi un acte à la fois artistique autant que social, créateur d’emplois et de savoir-faire.

Les revenus générés par les œuvres participent au développement d’institutions culturelles, incarnant une vision ambitieuse mêlant art, communauté et développement économique. Entre 2019 et 2021, Ibrahim Mahama a ouvert trois centres aux alentours de Tamale, sa ville natale, en marge des circuits traditionnels. Le Savannah Centre for Contemporary Art (SCCA) accueille des expositions, résidences, conférences et formations ouvertes à la population. Le Red Clay Studio offre aux artistes locaux et internationaux un espace de création, associant ateliers et studios – pour certains aménagés dans d’anciens wagons de train et avions. Enfin, Nkrumah Volini, installé dans un ancien silo à grains réhabilité, accueille les communautés locales pour des programmes éducatifs et des activités participatives. Ces initiatives stimulent non seulement la création mais aussi l’éducation, l’emploi et la réhabilitation d’infrastructures dans une région historiquement marginalisée.

À travers cette approche, Ibrahim Mahama incarne une génération d’artistes africains pour qui l’art ne se limite plus à l’objet mais devient un levier concret de développement économique et social. La Power List ne consacre ainsi pas seulement un artiste, mais un acteur de la transformation de la société.

Un classement symbolique pour l’Afrique

La première place d’Ibrahim Mahama dépasse la reconnaissance individuelle : elle illustre la recomposition des équilibres géoculturels du monde de l’art. La Power List a longtemps été perçue comme dominée par les institutions occidentales. Le classement 2025 marque un tournant avec une présence accrue d’acteurs africains et moyen-orientaux dans le top 10.

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement de fond : depuis quinze ans, l’Afrique gagne en visibilité et en influence sur la scène artistique mondiale. Biennales, grandes expositions, ventes aux enchères et ouvertures d’ailes dédiées dans les grands musées occidentaux – du Louvre au MET – en témoignent.

En devenant le premier Africain à accéder à la tête du classement, Ibrahim Mahama rappelle que la créativité africaine n’est plus seulement visible, mais structurante. Et que le futur du monde de l’art s’écrit désormais aussi depuis l’Afrique, avec audace et ambition.

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