Barbara Asei Dantoni, tisseuse de mémoire à la Maison Gacha

Jusqu’à l’automne 2025, la Maison Gacha à Paris célèbre l’art textile avec l’exposition Paroles du tissu-monde, mettant en scène cinq œuvres inédites de Barbara Asei Dantoni en dialogue avec les pagnes kuba traditionnels d’Afrique centrale. Un vibrant hommage à la transmission, la création féminine et la spiritualité africaine.

La nouvelle exposition de la Maison Gacha permet de (re)découvrir l’art inspiré de Barbara Asei Dantoni. Dès l’enfance, Barbara Asei Dantoni affirme une vocation artistique encouragée par ses parents qui l’inscrivent à l’École des Beaux-Arts de Pau. Formée ensuite au design industriel, elle revient rapidement vers les arts plastiques, guidée par une nécessité plus profonde.

Le textile s’impose comme le fil conducteur de son œuvre. Fille de couturière, elle entretient depuis toujours un lien intime avec la matière. Son inspiration, elle la tient d’un environnement familial où croyances endogènes et rites ancestraux occupent une place prépondérante. A cet égard, une résidence à Bandjoun Station, au Cameroun, en 2021, agit comme un révélateur. Ce retour aux sources la reconnecte à la spiritualité. « Toute ma démarche a pris un sens. J’ai senti que la vie me remettait à ma vraie place. » Depuis, son travail explore « l’espace entre les ancêtres et les croyances » comme l’illustre avec puissance l’exposition de la Maison Gacha.

Une exposition née d’un dialogue entre matière et mémoire

Le projet Paroles du tissu-monde prend forme en 2023, à la suite d’une résidence de l’artiste à la Fondation Jean-Félicien Gacha, dans l’ouest du Cameroun. Là, Barbara Asei Dantoni est initiée à l’art du perlage par la maître perlière Igénie Nomba, une rencontre décisive qui enrichit son rapport à la transmission féminine et à la matière artisanale.

En 2024, de retour à Paris, elle poursuit l’échange avec la Maison Gacha, qui l’invite à découvrir ses collections patrimoniales. Elle découvre un fonds exceptionnel de textiles anciens et tombe en admiration devant les pagnes kuba de République Démocratique du Congo. Leurs motifs géométriques et leur charge rituelle font écho à son propre langage artistique. De cette résonance naît le projet d’un dialogue entre ses créations contemporaines et les pagnes anciens à travers une exposition immersive et méditative.

Cinq oeuvres textiles et une galerie de visages pour tisser le lien

L’exposition repose sur un ensemble de cinq œuvres textiles inédites, évoquant tantôt des paysages intérieurs, tantôt des motifs symboliques inspirés des traditionnels kuba. Brodées à la main, enrichies de perlage, de pigments, de teinture et de peinture, ces pièces denses et minutieuses s’inscrivent dans le « temps long du geste », ce moment suspendu où l’artisanat devient rituel, et où la main permet d’accéder aux « mondes invisibles », selon les mots de l’artiste.

Ces créations contemporaines sont présentées en regard d’une sélection de pagnes kuba traditionnels, choisis dans les collections de la Maison Gacha. Entre textiles du passé et créations d’aujourd’hui, un véritable dialogue s’instaure. Par leurs motifs, textures et couleurs, les uns et les autres se répondent, offrant de concert une véritable célébration de la transmission, de l’identité et de la spiritualité africaines.

En complément, une série de portraits photographiques réalisés par Barbara Asei Dantoni vient souligner la dimension humaine de ce projet. Ces images montrent les artisanes perlières rencontrées lors de sa résidence à Bangoulap, des femmes dont elle a partagé le quotidien. Ces visages sont autant d’hommages – ou de « femmages », selon ses mots – à celles qui incarnent la transmission vivante, silencieuse et puissante du geste ancestral.

Une nouvelle étape dans un parcours jalonné d’oeuvres puissantes

Avec Paroles du tissu-monde, Barbara Asei Dantoni confirme la maturité d’une œuvre singulière. Après Blue Landscape, tapisserie monumentale présentée au sommet du G7 à Biarritz, elle entame un tournant décisif vers l’art textile. Sa série fondatrice Identités Imaginaires jette les bases d’une œuvre axée sur la mémoire et l’identité. IDIMA, première installation en volume née à Bandjoun, approfondit cette démarche. Suivront OLAM, fresque explorant la colonisation à travers les codes visuels d’Identités Imaginaires, puis NGOGËLAN, prière textile sans couleur qui condense l’essence du geste. Paroles du tissu-monde incarne une nouvelle phase : plus collective, méditative et ancrée dans le spirituel. Une œuvre charnière, où le textile devient mémoire.

Cette exposition s’inscrit dans une actualité foisonnante : après sa participation à Memoria : Récits d’une autre histoire à l’automne 2025, Barbara Asei Dantoni inaugurera sa première exposition personnelle au Musée des Beaux-Arts de Pau, de novembre 2025 à mars 2026. Deux rendez-vous majeurs qui consacrent l’émergence d’une voix artistique singulière, à la croisée du textile, de la mémoire et du sacré.

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