Chaque année en juin, la Suisse devient l’épicentre mondial de l’art contemporain à l’occasion d’Art Basel. La ville attire collectionneurs, marchands d’art, critiques et artistes venus du monde entier. Pourtant, dans cette effervescence, une absence demeure flagrante : celle de la création africaine, encore sous-représentée malgré son dynamisme. De ce constat est née Africa Basel : une rencontre organisée en marge – mais non en retrait – d’Art Basel, destinée à offrir aux artistes et galeries du continent africain et de la diaspora une visibilité à la mesure de leur créativité.
Sa première édition, du 18 au 22 juin, s’installe au cœur de Bâle avec l’ambition d’offrir aux visiteurs une expérience inédite qui rende justice à la richesse et à la diversité de l’art africain contemporain.
Une foire nouvelle génération
Imaginée par Benjamin Füglister, fondateur du CAP Prize pour la photographie africaine, et Sven Eisenhut-Hug, ancien directeur de Photo Basel, Africa Basel ne se contente pas d’ajouter un événement à l’agenda des rencontres artistiques. Complémentaire de rendez-vous établis comme 1-54 ou AKAA, elle s’en distingue par son format de « boutique fair », intimiste et curaté.
L’équipe curatoriale, composée de personnalités du monde artistique, parmi lesquelles Azu Nwagbogu, Michèle Sandoz, Serge Tiroche ou encore Greer Valley, a opté pour une sélection pointue d’une vingtaine de galeries. Conçu comme une exposition, l’accrochage prend le contrepied des grandes foires traditionnelles. Installée dans l’enceinte intimiste de l’Ackermannshof, au cœur de la vieille ville de Bâle, Africa Basel a remplacé les stands cloisonnés et les parcours standardisés par une scénographie fluide et immersive, pensée pour favoriser l’échange et l’attention aux œuvres.
Loin de s’adresser uniquement aux acheteurs, Africa Basel privilégie la rencontre. Collectionneurs, artistes, institutions, chercheurs et visiteurs s’y croisent dans un cadre propice au dialogue et à la découverte. Africa Basel ne cherche pas à reproduire le modèle dominant des foires, mais à le réinventer à partir d’une autre géographie et d’autres urgences.
Une sélection pointue et représentative
Pour la première édition d’Africa Basel, l’art contemporain africain est représenté dans toute sa diversité par dix-huit galeries venues du monde entier — du Maroc à l’Afrique du Sud, du Royaume-Uni à Hong Kong. On retrouve parmi elles des institutions internationales pionnières, comme October Gallery à Londres, aussi bien que de jeunes galeries locales, à l’instar de Circle Art Gallery, Modzi Arts Gallery ou First Floor Gallery Harare respectivement venues du Kenya, de Zambie et du Zimbabwe, témoignant de la vitalité des scènes artistiques sur le continent.
Les visiteurs découvrent la fertilité de la création africaine à travers les œuvres d’une soixantaine de créateurs – artistes confirmés et talents émergents – explorant toutes les techniques et tous les mediums, des plus classiques aux plus disruptifs : peinture, sculpture, photographie, vidéo, textile, installations et autres performances.







Mais Africa Basel dépasse le cadre d’une exposition. La foire s’ouvre à la ville à travers un programme public foisonnant. Le projet Art World Passport, imaginé par le collectif artHARARE, propose aux visiteurs un faux passeport artistique, dispositif ludique interrogeant les notions d’appartenance et de mobilité. Les Fountain Artist Talks transforment la fontaine Faule Magd en scène ouverte pour des échanges impromptus avec les artistes. Tables rondes, projections, visites et performances complètent cette programmation. Plus qu’un salon, Africa Basel se présente comme un véritable laboratoire d’idées et de rencontres.
Une perspective long-termiste et engagée
Africa Basel n’est pas conçu comme un événement ponctuel. Ses fondateurs entendent inscrire cette foire dans la durée, en faire un rendez-vous annuel incontournable, mais aussi bâtir un écosystème pérenne au service de la création contemporaine africaine.
Plusieurs projets sont déjà en développement : des résidences croisées entre artistes africains et européens, une programmation décentralisée avec des expositions hors les murs et des collaborations muséales, une plateforme éditoriale et numérique dédiée à la critique d’art africain, ainsi que des partenariats avec des écoles d’art sur les deux continents. L’objectif est clair : au-delà de la visibilité, il s’agit de soutenir la professionnalisation des galeries africaines, de faciliter l’accès au marché pour les artistes, et de renouveler les récits sur l’art africain contemporain.
En s’installant à Bâle, Africa Basel entend faire entendre d’autres voix et proposer une autre manière de penser l’art africain, loin des clichés, en prise avec les enjeux du monde actuel. Un événement appelé à devenir un pilier du calendrier artistique international.






