Réputé comme l’un des plus grands festivals de danse d’Afrique centrale, Me Ya Be réunit chaque année des artistes locaux et internationaux autour d’une programmation éclectique à l’occasion de la Journée Internationale de la Danse.
Connu du grand public pour ses festivités hautes en couleur, l’événement ne se limite pourtant pas à ces quelques jours de spectacle, loin s’en faut. Il inclut un important volet pédagogique, conformément à la volonté de son fondateur Jacques Bana Yanga de faire rimer danse avec inclusion.
Le projet d’un homme engagé
Pour comprendre la philosophie du festival, il convient de comprendre la vision de son fondateur, le danseur et chorégraphe Jacques Bana Yanga. Aujourd’hui devenu une figure emblématique de la danse contemporaine en RDC, il a pourtant grandi dans un quartier populaire de Kinshasa. C’est à 14 ans, suite au décès de son père, qu’il commence à danser, dans la rue, pour subvenir aux besoins de sa famille.
Progressivement, aux danses africaines traditionnelles apprises dans son enfance, il mêle des pas de danse moderne, jazz et hip-hop, développant le style unique qui fera sa réputation. En 2006, il crée sa compagnie. Repéré à l’international, il commence à performer aux quatre coins du globe et collabore avec des ballets occidentaux auprès desquels il apprend la scénographie.

Résolu à mettre sa notoriété au service des plus vulnérables, Jacques Bana Yanga veut faire de la danse un outil d’inclusion au service des jeunes congolais et des femmes. Il entend détourner de la délinquance la jeunesse désœuvrée des cités populaires de Kinshasa et de l’arrière-pays en lui offrant des activités structurantes. Quant aux femmes, il souhaite accompagner les chorégraphes africaines par des programmes spécifiques.
Accompagner le talent par la formation
C’est dans cet état d’esprit que Jacques Bana Yanga crée en 2011 le Festival Me Ya Be (« Moi avec vous » en yanzi) et en 2021 le centre Ntongo Elamu (« Bon matin » en lingala). Le premier offre aux jeunes artistes congolais une visibilité internationale et une occasion d’échanges unique avec des artistes du monde entier, le second met à leur disposition des salles de répétition et des équipements pour leur production artistique.
Mais « être pétri de talent ne suffit pas ; il faut le joindre à la formation », considère Jacques Bana Yanga, qui entend professionnaliser la scène artistique congolaise. C’est dans cette optique qu’il a entrepris depuis plusieurs années d’organiser des master class et ateliers en prélude au festival, avec pour ambitieux objectif de former 60 danseurs et 15 chorégraphes en trois ans. Pour Jacques Bana Yanga, dont le talent a éclos sur la scène internationale, il est primordial de favoriser le dialogue interculturel et de créer des ponts entre scènes africaines et européennes, aussi les cours sont-ils dispensés en collaboration avec des compagnies internationales et ouverts aux professionnels de tous pays.
Avec pour thème Danse, écriture scénique et dialogue chorégraphique pour le développement, cette édition 2025 met l’accent sur la valorisation de la danse comme vecteur de développement et sur la place centrale du danseur au cœur du processus créatif. Dans cette optique, les ateliers organisés en février, axés sur les techniques de mise en scène, ont invité les dix danseurs participants à inspirer leurs créations de leur vécu social.

Du 16 au 28 avril, des master class vont à présent permettre aux participants de se perfectionner en écriture scénique, avec pour thématique principale les liens entre création chorégraphique et impact social.
Une 14ème édition foisonnante
Les préparatifs vont ainsi bon train en vue de la 14e édition du festival Me Ya Be, qui donne rendez-vous aux amateurs de danse du 22 au 29 avril pour une saison particulièrement foisonnante. Plus d’une centaine de danseurs et chorégraphes sont attendus à Kinshasa pour une vingtaine de spectacles programmés dans différents espaces culturels de la ville.
Fidèle à sa tradition, le festival promet de faire la part belle au décloisonnement des pratiques artistiques ainsi qu’à la mixité culturelle. Aux talents congolais se joindront des danseurs, chorégraphes et performeurs venus du monde entier, avec des compagnies invitées de France, d’Italie, de Norvège, d’Espagne ou encore de Suisse. Sont notamment à l’affiche Muinda, une création locale d’un collectif éponyme, qui mettra en avant la vitalité de la scène congolaise, MAYA, un spectacle international de la compagnie italienne EDC-EurAsia Danse, PARDON, une création innovante de la compagnie française Oups Danse, ou encore EL PASTOR, où la compagnie espagnole Nomada mêlera danse contemporaine et influences méditerranéennes. Une programmation éclectique qui finira en apothéose le 29 avril, Journée internationale de la danse, avec une grande soirée à la programmation variée, pour célébrer la diversité des écritures chorégraphiques.
Un joli moment en perspective, à la croisée des chemins entre talents locaux et créateurs internationaux, tradition et modernité, création artistique et inclusion sociale.






