Né de la volonté d’Africa Lyric’s Opera d’offrir une vitrine prestigieuse aux chanteurs du continent, le concours poursuit un double objectif : révéler des talents exceptionnels et donner aux artistes les moyens de bâtir une carrière durable.
Dans un univers encore largement marqué par la tradition européenne, cette initiative met en lumière une réalité souvent ignorée : l’Afrique et sa diaspora comptent aujourd’hui des interprètes capables d’occuper pleinement les grandes scènes internationales.
Une soirée pour révéler les voix de demain
La finale 2026, organisée au Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet à Paris, a confirmé la vitalité du concours. Sur scène, les jeunes chanteurs ont fait bien plus que démontrer leur maîtrise technique : chacun a défendu une présence artistique, une personnalité vocale et une manière singulière d’habiter le répertoire.
Les douze finalistes, sélectionnés parmi des dizaines de candidats venus de toute l’Afrique et de sa diaspora, ont eu l’honneur d’être évalués par un jury prestigieux, présidé par le célèbre contre-ténor Philippe Jaroussky, entouré de directeurs d’opéras, chefs d’orchestre, metteurs en scène et chanteurs renommés, assurant une évaluation pointue et exigeante de chaque prestation.
Accompagnés par l’Orchestre de l’Opéra de Massy dirigé par Mehdi Lougraïda et par les pianistes Thomas Tacquet et Francis Paraïso, les candidats se sont confrontés à un répertoire exigeant. Les performances mêlaient grands airs classiques italiens, français et contemporains, mais aussi des œuvres de compositeurs africains et afro-descendants – une particularité qui souligne l’identité culturelle et l’originalité du concours.
Parmi les lauréats, la soprano guadeloupéenne Laurynn Favières s’est distinguée par une interprétation d’une grande justesse expressive, remportant le Grand Prix dans la catégorie Semi-professionnels. Tahirah Aisha Zossou, soprano originaire de Trinidad et Tobago, a touché le public par sa présence scénique, décrochant le Prix du public. Côté amateurs, le ténor camerounais Malthus Ronaldo Djatché a remporté le premier prix, tandis que chez les Jeunes Espoirs, le baryton-basse américain August Chevalier a impressionné par la maturité et l’énergie de son chant.
Cette édition prouve une fois encore la capacité du concours à faire émerger des voix authentiques, prêtes à rayonner sur la scène internationale sans renier leurs racines culturelles.
Bien plus qu’un concours
Si la finale constitue le moment le plus visible du concours, l’initiative va bien au-delà d’une simple remise de prix. Africa Lyric’s Opera a progressivement mis en place un accompagnement destiné à aider les jeunes chanteurs à s’inscrire durablement dans une carrière lyrique.
Les lauréats et finalistes bénéficient ainsi, en plus de récompenses financières, de masterclasses, de conseils de répertoire, de coaching scénique et d’opportunités de concerts. Ces dispositifs visent à préparer les artistes aux exigences d’un milieu particulièrement compétitif, où la maîtrise technique doit s’accompagner d’une forte présence scénique et d’une capacité à se positionner sur le marché international.
Cet accompagnement ne se limite d’ailleurs pas aux seuls lauréats. Même ceux qui ne montent pas sur le podium repartent avec des retours professionnels, des contacts précieux et des propositions de projets d’opéra. Dans un secteur où les réseaux jouent un rôle déterminant, ces rencontres peuvent constituer une étape importante dans la construction d’une trajectoire artistique.
À travers ce travail de mentorat et de mise en relation, le concours agit ainsi comme un véritable incubateur de talents, contribuant à structurer une génération d’artistes qui trouvent progressivement leur place dans le paysage lyrique international.
L’Afrique à l’heure du lyrique
Le Concours s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une revitalisation du lyrique sur le continent africain. Longtemps perçu comme un art étranger, l’opéra trouve aujourd’hui de nouvelles résonances à travers des créations qui mêlent langues locales, sonorités africaines et héritage classique.
L’Afrique du Sud demeure un pôle historique avec des institutions solides comme Cape Town Opera ou Opera Africa, mais de nouvelles initiatives voient le jour partout ailleurs – du Cameroun à la Côte d’Ivoire, en passant par les Caraïbes. Ces projets façonnent un lyrique africain pluriel, où Verdi peut côtoyer des compositions contemporaines inspirées des mythes, des langues et des récits du continent.
Une nouvelle génération d’artistes, souvent formés en Europe ou aux États-Unis, revendique aujourd’hui cette double appartenance : technique occidentale et sensibilité africaine. Des chanteurs comme le baryton sud-africain Jacques Imbrailo en témoignent, incarnant une esthétique ouverte et affirmée sur les scènes internationales.
Édition après édition, le Concours International des Grandes Voix d’Opéra d’Afrique contribue à cette transformation profonde : il révèle, relie et inspire. Plus qu’une vitrine, il symbolise la renaissance du lyrique africain, fait de diversité, de talent et d’audace créative.





