Zebra 2.0 : la création africaine change d’échelle

À l'occasion de ses dix ans, Zebra Comics devient Zebra. Un changement de nom pensé pour doter la marque d'une identité plus forte et plus lisible, capable d'accompagner une ambition élargie : bâtir un acteur du divertissement qui aide les créateurs africains à développer leurs univers, à vivre de leur art et à porter leurs histoires bien au-delà du continent.

Fondée en 2016 au Cameroun, Zebra Comics est née d’une conviction simple : l’Afrique dispose d’un immense vivier de talents, d’histoires et d’imaginaires capables de séduire un public mondial, pour peu que leurs créateurs disposent des outils nécessaires pour les développer et les diffuser. Dix ans plus tard, le parcours de Zebra, devenu l’un des acteurs les plus ambitieux du divertissement numérique africain, confirme la justesse de cette intuition.

Pionnière du webtoon en Afrique – ce format de bande dessinée numérique venu d’Asie et pensé pour une lecture sur smartphone – la plateforme dispose aujourd’hui du plus grand catalogue du continent et d’un lectorat sur plusieurs continents. Forte de cette première décennie, elle ouvre désormais un nouveau chapitre de son histoire.

« Ma mission n’a pas changé, mais mon ambition a grandi », résume son fondateur, Nathanael Ejob. Car si Zebra abandonne aujourd’hui le mot Comics, ce n’est pas pour renier ses origines. C’est parce que son projet dépasse désormais le seul univers de la bande dessinée : animation, jeux vidéo, licences, merchandising ou nouvelles technologies doivent permettre à des créations nées en Afrique de trouver leur place sur la scène mondiale.

Créer depuis l’Afrique des histoires qui parlent au monde

À l’origine de Zebra se trouve un constat personnel. Enfant, Nathanael Ejob grandit au Cameroun en lisant les comics américains et les mangas japonais. Il y découvre des univers foisonnants, mais remarque aussi combien les récits africains y sont rares. Et lorsque l’Afrique apparaît, elle reste souvent réduite à des images de pauvreté, de conflits ou de crises humanitaires.

« Les histoires façonnent la manière dont nous nous voyons et dont nous percevons les autres », explique-t-il. Dès lors, une évidence s’impose : les lecteurs africains ont eux aussi besoin de personnages et d’histoires dans lesquels ils puissent enfin se reconnaître avec fierté.

Alors étudiant à Buea, Nathanael Ejob décide de mettre cette intuition à l’épreuve. Il imprime 500 exemplaires de ses premières bandes dessinées ; 300 trouvent preneur. Cette première expérience confirme l’existence d’un véritable appétit pour des récits africains ambitieux. En 2016, il réunit alors ses frères et quelques amis pour donner naissance à E.N. Comics, qui deviendra rapidement Zebra Comics.

Le choix du nom résume l’ambition du projet : le zèbre évoque la dualité qui nourrit les grandes histoires – lumière et obscurité, force et vulnérabilité, équilibre et conflit – mais aussi la résilience nécessaire pour bâtir une entreprise créative dans un environnement encore peu structuré. Surtout, il affirme immédiatement une identité africaine tout en restant compréhensible partout dans le monde.

Car dès l’origine, Nathanael Ejob défend une conviction qui guidera toute l’aventure Zebra : des histoires profondément enracinées dans des réalités africaines peuvent toucher des lecteurs de tous les continents. « Nous créons des histoires ancrées dans les réalités africaines, mais pensées pour un public mondial, parce que les émotions, les conflits et les rêves sont universels. »

Dix ans après ses débuts, les résultats confirment le bien-fondé de cette vision. Romance contemporaine avec Sugar Daddy Desires, fantasy inspirée des imaginaires africains avec Beasts of Tazeti, action ou science-fiction avec Breachers : le catalogue multiplie les bestsellers dans des genres multiples. Zebra revendique aujourd’hui plus de 100 000 lecteurs répartis sur plusieurs continents, avec des communautés du Cameroun jusqu’en Afrique du Sud, mais aussi aux États-Unis, au Brésil, en France ou en Corée du Sud. La démonstration est faite : des histoires nées en Afrique peuvent trouver leur public partout dans le monde.

Mais pour Nathanael Ejob, cette réussite n’est qu’une partie de l’équation. Le défi n’est pas la créativité. Le véritable enjeu est désormais de donner à ces talents les moyens d’en vivre.

Donner aux créateurs les moyens de réussir

« L’Afrique n’a jamais manqué de conteurs », rappelle Nathanael Ejob. L’enjeu est ailleurs : leur donner les moyens de transformer ce talent en carrière durable.

Selon lui, trois défis restent à relever : la monétisation, la formation et les infrastructures. Autrement dit : rendre le métier économiquement viable, accompagner les auteurs dans leur progression et leur donner les outils nécessaires pour publier, diffuser et développer leurs œuvres.

« Le plus grand défi est la monétisation. Si les créateurs ne peuvent pas gagner leur vie, l’industrie ne peut pas se développer. » Pour Zebra, l’ambition est donc de construire un modèle dans lequel les auteurs peuvent progressivement vivre de leurs créations. Plus qu’une source de revenus ponctuelle, il s’agit de rendre possibles de véritables carrières.

Cela passe aussi par la formation. Dessiner ne suffit pas à construire une série capable de fidéliser un lectorat. Le webtoon possède ses propres codes narratifs : rythme de lecture, gestion du suspense, construction des épisodes ou encore écriture pensée pour le smartphone. Zebra accompagne ainsi les auteurs grâce à des masterclasses et à un travail éditorial destiné à renforcer la qualité des récits. L’objectif n’est pas seulement de produire de belles images, mais de créer des histoires auxquelles les lecteurs ont envie de revenir.

Le troisième chantier concerne les infrastructures. Avec Creator Focus, Zebra met à disposition des créateurs une plateforme leur permettant de publier leurs œuvres, mais aussi d’analyser le comportement de leurs lecteurs grâce à des données sur les vues, les commentaires, les taux de conversion ou les performances de leurs séries. À terme, la prochaine génération de l’outil intégrera également des fonctions de traduction, de diffusion, de découvrabilité et de monétisation afin d’accompagner les auteurs à chaque étape de leur développement.

« Si nous parvenons à résoudre ces trois défis, je pense que la prochaine génération de créateurs de bande dessinée reconnus mondialement viendra d’Afrique », affirme Nathanael Ejob, qui s’y emploie avec le nouveau Zebra.

Changer d’échelle pour bâtir une industrie

Depuis sa création, Zebra a démontré qu’un autre récit est possible : des histoires nées en Afrique peuvent conquérir un public international, à condition de bénéficier des bonnes conditions de production et de diffusion. Pour Nathanael Ejob, le véritable défi commence désormais. Il ne s’agit plus seulement de publier davantage d’histoires, mais de construire un écosystème capable de faire émerger des univers durables.

En devenant simplement Zebra, l’entreprise ne change pas de cap ; elle change d’échelle. Après avoir construit l’une des principales plateformes de webtoon du continent, elle élargit désormais son activité à l’ensemble de la chaîne du divertissement : animation, jeux vidéo, licences, merchandising ou nouvelles expériences numériques. L’ambition est de permettre à des univers créés en Afrique de vivre sur plusieurs supports et de toucher un public toujours plus large.

Cette diversification s’accompagne d’une stratégie d’ouverture internationale. Zebra a déjà noué des collaborations avec des acteurs comme DC Comics, Media Participations ou COL Group. Pour Nathanael Ejob, ces partenariats permettent à la fois d’apprendre auprès des leaders du secteur, d’accéder à de nouveaux marchés et d’ouvrir aux créateurs africains de nouvelles opportunités de développement. À terme, l’entreprise souhaite renforcer ces coopérations dans l’édition, la technologie, l’animation, le jeu vidéo et les licences afin d’accélérer encore la circulation internationale de ses créations.

Cette ambition repose sur une conviction que Nathanael Ejob assume pleinement : une industrie culturelle ne peut se développer durablement sans un modèle économique solide. « Je voulais construire une entreprise, pas une organisation caritative », explique-t-il. À ses yeux, seule une activité rentable permettra de financer les créateurs, d’attirer les investissements et de faire émerger des licences africaines capables de rayonner à l’international.

L’ambition affichée est à la mesure du projet. Pour Nathanael Ejob, l’Afrique possède déjà les talents ; il lui manque encore les outils, les infrastructures et les réseaux qui permettront à ces créations de rivaliser avec les grandes industries culturelles mondiales. C’est précisément le rôle que Zebra entend jouer au cours de sa prochaine décennie.

En définitive, Zebra ne change pas de nom parce qu’elle tourne une page. Elle change de nom parce que son ambition est désormais plus grande que les comics.

-> Pour aller plus loin sur le sujetWebtoon : l’Afrique en quête de ses futurs talents

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